Les Martyrs d'Aigues Mortes
Livre de Charles BOST de 1922

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extraits du texte :

1. DEUXIÈME PARTIE Sous Louis XV (1715-1768.) II. - LA GRANDE CRISE § 2. - La vie dans la Tour (1730 -1742) http://www.regard.eu.org/Livres.9/Marthyrs.Aigues.Mortes/03.html

“Pour couper court à une révolte que les catholiques croyaient possible, l'intendant fit surprendre dans les Cévennes une assemblée, ce qui était chose relativement facile. Le 29 avril 1742, à Mouzoulès (près Aulas, Gard), onze personnes étaient saisies en plein jour revenant d'un culte. Le 10 juin, Bernage Saint-Maurice envoyait sept femmes à la Tour de Constance. L'une (encore) était enceinte : Anne Treilles-Peyre. L'intendant lui avait permis de mettre son enfant au monde « dans quelque lieu particulier de la Citadelle de Montpellier ». Le nouveau-né mourut dans la prison, la femme se déclara catholique, demanda sa grâce, et l'obtint. Parmi les six autres condamnées, l'une, Anne Falguière-Goutès, avait sur les bras un enfant de six mois (les soldats faisaient de glorieuses prises) et elle voyait son mari partir pour les galères. Les autres étaient Jeanne Bouguès-Nevas, Jeanne Mahistre-Randon, Isabeau Plantier-Besson, toutes trois de Bréau, Isabeau Amat-Combernoux et Madeleine Galary-Nissolle, les deux d'Avèze. Elles furent écrouées le 27 juin 1742 et leur arrivée porta le nombre des prisonnières, à ce qu'il semble, à 38. Jamais la Tour ne retint plus de femmes à la fois. Le Major, plus tard, parlait de cette époque en disant « quarante femmes », et Antoine Court écrit aussi : « environ quarante, ».
Cet afflux de nouvelles prisonnières, au moment où à Aigues-Mortes se combattaient l'espoir et la souffrance, y précipita une crise qui se préparait depuis deux ans et dont il faut maintenant parler, en revenant un peu en arrière.”

2. DEUXIÈME PARTIE Sous Louis XV (1715-1768.) III. - LES PRISONNIÈRES « OTAGES » (1744-1759) § 1. - Les dernières violences (1741-1754) http://www.regard.eu.org/Livres.9/Marthyrs.Aigues.Mortes/04.html

“À cette date Anne Falguière-Goutès était emprisonnée, avec un enfant de dix-huit mois. Nous sommes assurés que ce dernier enfant (une fille nommée Catherine) est une des deux jeunes filles qui se sont jetées aux pieds de Paulmy. La seconde est donc la fille de Marie Vey, que sa mère aurait ainsi gardée avec elle jusqu'à l'âge de seize ans passés.”

“Ce ne fut qu'en 1753 que Marie Durand put adresser à Genève les vêtements annoncés deux ans plus tôt, et elle accompagna son envoi d'exhortations au bien que légitimaient, hélas, la légèreté et la paresse de sa nièce. Pour appuyer ses conseils, la tante les illustrait d'un exemple. Elle disait comment elle prenait soin dans la Tour de la petite Catherine Goutès, en qui tout le monde reconnaissait la modestie et la sagesse de son éducatrice.”

“Les femmes n'avaient plus aucune provision de l'été, elles ne purent obtenir qu'un peu de bois vert, et ne reçurent dans les plus mauvais mois que 45 sols par jour, « Juge de notre état - écrivait Marie Durand. - Cependant il nous faut toujours dire avec le modèle de la patience (Job) : Quand tu me tuerais, Seigneur, j'espérerais toujours en toi ». Elle trouvait encore la force de plaindre les gens du pays, « si affligés que nous en sentons l'amertume », et surtout de compatir à la triste santé d'Anne Durand. Elle demandait à sa nièce si les médecins de Genève ne seraient pas d'avis de l'envoyer aux bains de Balaruc (Hérault), l'invitant donc à venir en France, et s'offrant à lui donner, dans ce cas, pour la servir, Catherine Goutès, « la plus brave enfant qu'on puisse voir ». Catherine était toujours avec sa mère ; cette dernière et Marie Durand, « qui mangeaient ensemble », avaient « fait le complot de ne se quitter jamais » et, la liberté venue, de vivre pour les deux jeunes filles qui faisaient toute leur conversation.”

“Les terreurs se dissipèrent, et la délivrance ne vint pas. Bien plus, le 28 juin 1759, Thomond enfermait encore dans la Tour une femme de Valérargues (Gard), Marguerite Robert-Vincent, coupable de s'être mariée au Désert. Pourquoi celle-là, parmi des milliers d'autres ? Son arrivée porta à 21 le nombre des protestantes, et ce furent toutes celles-là qu'Anne Durand put voir à Aigues-Mortes quand en juillet elle vint « rester un mois avec sa tante ». Marie Durand put donc enfin contempler cette nièce aimée après laquelle elle avait tant soupiré. Mais elle ne put lui montrer la jeune Catherine Goutès qui depuis 1758 était allée habiter Bréau.

3. DEUXIÈME PARTIE Sous Louis XV (1715-1768.) IV. - LES DERNIÈRES PRISONNIÈRES (1760-1768) § 1. - Premières libérations (1760-1765) http://www.regard.eu.org/Livres.9/Marthyrs.Aigues.Mortes/05.html

“À la date où cette lettre fut écrite (4 déc. 1760), il y avait en effet dans la Tour six femmes de moins qu'en 1754, comme le constate une liste de 1761 qui passa à Londres, et qui nomme 20 femmes. Mais depuis 1758, Anne Falguière-Goutès seule était morte, et elle avait été remplacée par Marguerite Robert-Vincent.”

 

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