Le
col de Mouzoulès
L'article "La fille d'Anne
Goutez", Le huguenot de la Dordogne, Déc 1893

extrait du texte :
1. reprise des données de [10] :
“...Anne Goutez, internée dans l'affreux donjon le 27 juin 1742, et qui devint l'amie intime de Marie Durand...
[A propos de sa fille:] Douée d'une vive intelligence, "modeste et sage", elle faisait la joie et l'admiration de ses compagnes de captivité. Marie Durand en particulier s'attacha à elle et l'aima comme sa propre fille. Elle lui apprit à lire, à écrire et lui inspira surtout l'amour du Sauveur et de sa Parole.”
2. ajouts originaux :
“J'ai eu la bonne fortune d'être renseigné tout récemment sur ce sujet par une descendante directe de la jeune captive...
La fille d'Anne Goutez s'appelait Catherine. Elle demeura à la Tour jusqu'à l'age de quatorze ans, c'est à dire jusqu'en 1756. A cette époque, sur la demande d'Anne elle même, et avec la permission de l'autorité sans doute, un membre de la famille vint la chercher. On lui livra l'enfant à la porte de la Tour, sans lui permettre de voir la mère.
De retour à Bréau Catherine vécut au milieu des siens. Quelques années plus tard, elle se maria avec Pierre Causse, de Ganges, et vint habiter cette ville ou elle jouit de l'estime générale à cause de son noble caractère et de son excellente éducation. Sa piété saine et robuste était fort appréciée parmi les Gangeois protestants [...]
Elle vivait encore au commencement de ce siècle, sous la terreur blanche. Il y eut alors à Ganges, comme dans la plupart des villes du midi, quelles semaines d'émotion violente. Un matin, dès l'aube, certains fanatiques, jaloux sans doute des lauriers de Trestaillon, passaient sous les fenêtres de Pierre Causse. Ils s'y arrêtèrent et se mirent à proférer les injures et les menaces les plus odieuses. La famille alarmée parlait déjà de se lever et de se défendre en cas d'agression. Catherine, la mère, qui en avait vu bien d'autres, exigea que chacun resta au lit et que la porte de la maison ne s'ouvrit qu'à l'heure habituelle. Cette heure venue, elle descendit la première et se montra calme sur le seuil. Les insulteurs étaient là, mais confondus par le sang-froid de cette femme dont ils connaissaient l'histoire, ils disparurent sans proférer un mot de plus.
Peu de temps après l'ancienne prisonnière de la Tour de Constance s'endormit dans la paix de Dieu. La maison qu'elle habitait, où elle mourût, existe encore et abrite ses descendants. Elle avait eu quatre enfants, trois filles et un fils, Thomas Causse. J'ai beaucoup connu la femme de ce dernier. En elle aussi vivait la foi des martyrs. Nul ne chantait nos vieux Psaumes avec plus de ferveur. J'ai eu le privilège de l'assister à ses derniers moments. C'étaient (sic) bien ainsi que partaient autrefois les confesseurs de la Vérité, toujours confiants dans les Promesses du Seigneur. Ce souvenir est un des plus précieux de mon ministère.
J.-T. MARTIN, pasteur à Ganges.”
© Bernard Barral 2003-5